Les jeux narratifs sont-ils vraiment des jeux vidéo ? - Asgard GG
Les jeux narratifs sont-ils vraiment des jeux vidéo ?
Par Ailoas le 15.05.2018

Bonjour à tous et à toutes.
Récemment j’ai joué à la démo de Detroit : Become Human et soudain j’ai réalisé quelque chose : j’aime les jeux narratifs. Mais alors que de part et d’autres, on entend que le jeu vidéo narratif n’est rien d’autre qu’un film interactif ou une succession de QTE, comment expliquer mon amour pour ce genre de jeux ? Je vais tenter de vous expliquer pourquoi et nous allons comparer mon avis avec celui d’autres rédacteurs du site.

Que sont les “jeux narratifs” ?

Les jeux narratifs sont un type de jeu vidéo à la limite entre le cinéma et le jeu vidéo. Ici le but n’est pas de proposer aux joueurs un gameplay recherché et qui va demander une certaine maîtrise ni un apprentissage des contrôles. Le joueur est là pour vivre une expérience interactive qui sera différente d’un utilisateur à l’autre via un système de choix qui amèneront un lot de conséquences diverses et variées. Mais ce serait réducteur de considérer les jeux narratifs comme uniquement des jeux qui sont des successions de QTE (Quick-time event) et de cinématiques. En effet, nombre d’autres jeux ont comme but principal de conter une histoire mais en proposant un gameplay atypique et souvent venant de la scène indépendante.

The Red Strings Club, un jeu narratif qui a un gameplay centré sur la poterie et la mixologie

Mais ici, nous allons parler principalement des jeux qui ont eu un impact sur le grand public et auxquels vous avez probablement joué si vous avez une console Sony depuis quelques années : Until Dawn, Heavy Rain, Beyond Two Souls, le futur Detroit Become Human ou encore les jeux épisodiques à la Telltale.

Pourquoi les jeux vidéo narratifs sont-ils si souvent critiqués ?

Les jeux narratifs sont comme je l’ai dit précédemment des jeux à mi-chemin entre deux arts : le cinéma et le jeu vidéo. Leur but principal étant de proposer aux joueurs de vivre une histoire, le gameplay est souvent mis de coté. À la place, nous avons droit à des successions de cinématiques dans lesquelles nous devons appuyer sur le bon bouton au bon moment. Cela a pour effet de permettre au joueur d’être immergé dans l’histoire, mais cela pose aussi problème au puriste du jeu vidéo : le jeu ne leur pose donc aucune difficulté. Et donc ces derniers ont l’impression de s’ennuyer ou d’avoir payé 60 euros pour “jouer” à un film.

Et ils n’ont pas tort, nous sommes réellement devant un film interactif. Mais ce n’est pas un film, c’est notre film ! Ce sont nos choix qui vont influencer sur le déroulement de l’histoire

Les jeux Quantic Dream

Comme vous le savez certainement une grand partie des jeux évoqués plus haut sont des titres développés par le studio Quantic Dream et le célèbre David Cage. Ce studio s’est fait une réputation en proposant des jeux à la limite de l’expérience cinématographique et qui ont rarement un gameplay très recherché. Mais ils nous permettent d’incarner des personnages, de les accompagner dans leur quotidien et ainsi de s’immerger vraiment dans l’histoire. Je me souviens encore du début du jeu Heavy Rain quand notre personnage effectue des actions simples comme prendre une douche, se raser, préparer le repas, etc. Les actions sont certes inintéressantes au possible car nous les faisons mille fois dans la réalité mais c’est aussi le fait que nous réalisions ces actions si banales qui fait qu’on arrive bien à s’identifier au personnage principal et donc à ressentir ses émotions dans la fin du prologue.

Brossage de dents Heavy Rain

Un exemple d’action anodine que le jeu “Heavy Rain” nous propose

C’est bête à dire mais vivre des événements anodins de la vie d’un personnage est vraiment ce qui rend les jeux Quantic Dream si spéciaux. Ils nous permettent vraiment de vivre la vie d’un autre personnage. De nous immerger dans la vie d’un père de famille et d’une multitude d’autres personnages.

Mais les jeux choisissent aussi une forme de narration qui peut aussi déplaire à la plupart des joueurs. Nous sommes dans une succession d’actions qui sont “actées”, on n’est pas entièrement maître de son gameplay. Nous devons suivre le script que le “réalisateur” a imaginé, ce qui nous oblige à suivre certains embranchements scénaristiques. Et évidemment ôter le pouvoir du joueur d’influencer la manière dont il perçoit le jeu (en l’empêchant de trouver sa façon de jouer) peut être une des raisons qui fait que le jeu narratif souffre encore d’une mauvaise réputation. C’est aussi ce qui peut freiner certains joueurs car on leur promet une histoire qui leur est propre alors qu’au final : toutes les fins possibles ont été décidées par un créateur et sont limitées à un nombre fini.

Les jeux épisodiques

En parallèle des jeux narratifs comme les jeux Quantic Dream sont sortis des jeux dont le modèle de consommation s’inspire fortement des séries : les jeux épisodiques. Ces jeux ont la particularité de publier des épisodes à des mois d’intervalle et souvent l’épisode d’avant vous laisse sur un cliffhanger souvent très limite. Ces jeux sont souvent issus du studio Telltale Games, qui nous habitue maintenant depuis quelques années à suivre des intrigues sur plusieurs mois avec une sortie d’épisode tous les 2 mois environ. Life is Strange proposait aussi ce modèle de consommation.

Life is Strange

Life is Strange, un des meilleurs jeux épisodiques auquel j’ai pu jouer

D’autres jeux se sont inspirés du modèle série mais juste pour se donner un style : on peut notamment le voir dans Until Dawn ou Alan Wake, qui font un résumé des chapitres précédant au début de chaque chapitre. Mais ici nous allons principalement parler des jeux du studio Telltale Games.

Dans les jeux Telltale, vous allez vivre votre aventure au fur et à mesure de la sortie des épisodes. Que ce soit dans la peau de Batman, des Gardiens de la Galaxie ou encore en tant que personnage de Minecraft, vous allez pouvoir vivre leur aventure, les choix de ces jeux s’appuyant souvent sur la relation que vous allez tisser avec les autres personnages que vous allez côtoyer. Il y aura aussi des choix déterminants qui influeront quand même énormément sur la suite du jeu, mais ces derniers se trouvent généralement en fin d’épisode pour servir de cliffhanger.

Mais le problème de Telltale est souvent que les jeux proposent des univers très connus du public et qui vont uniquement dans le fan service. Mais c’est peut-être aussi un de leurs points forts. Les jeux Telltale par leur thématique choisie parlent au plus grand nombre ! Que ce soit les fans de jeux vidéo (Minecraft et Tales of Borderlands) ou de comics/séries/films (Batman/Walking Dead/Les Gardiens de la Galaxie). Ils permettent donc de tester un premier jeu narratif pour beaucoup de gens. Le système de jeu est aussi très user-friendly pour permettre au joueur d’aller ensuite vers d’autres types de jeux de niche, comme les point’n’click (dont les Telltale ne sont que l’évolution) ou encore les jeux Quantic Dream qui présentent souvent une intrigue plus adulte.

Les jeux épisodiques sont donc à considérer comme une bonne entrée en matière pour découvrir si vous êtes intéressé par les jeux narratifs pour ensuite se diriger vers les jeux Quantic Dream ou les jeux indépendants qui proposent encore un gameplay atypique qui peut perturber les joueurs les moins avertis.

L’avis d’autres rédacteurs

J’ai pu demander à mes collègues ce qu’ils pensaient des jeux narratifs, et s’ils aimaient ces derniers ou au contraire s’ils ne supportaient pas ce type de jeu, voici leurs réponses :

Ashmaker

Quand on parle de jeux narratifs, il y en a deux qui me viennent immédiatement à l’esprit : Tales from the Borderlands, le jeu Telltale basé sur l’univers de l’excellente franchise Borderlands, et The Banner Saga. Et si vous me demandez si ces deux jeux narratifs sont des jeux vidéo, je vous répondrais oui sans hésiter !

Selon moi, un jeu vidéo raconte avant tout une histoire à laquelle le joueur participe. Et ce qui rend le jeu vidéo vraiment unique comme média, à la différence des romans, des films, ou des autres formes de création narrative, c’est la possibilité d’influencer et de s’approprier le déroulement de l’histoire et l’évolution d’un ou plusieurs personnages.

Attention, ça ne veut pas dire qu’un RPG à l’histoire linéaire n’est pas un jeu vidéo. C’est simplement une approche différente : la série des Bioshock, Mirror’s Edge, ou même les jeux Borderlands, sont des RPG plutôt linéaires qui vont permettre au joueur de choisir la façon de raconter l’histoire du jeu, en lui laissant une large liberté dans son gameplay.

En revanche, si les jeux narratifs n’offrent pas toujours au joueur cette liberté, ils lui permettent de choisir quelle histoire le jeu va raconter.

Dans Tales from the Borderlands, vous pouvez décider de faire apparaître Rhys, l’employé de bureau ambitieux, comme un héros au grand cœur ou un type borné qui ne pense qu’à sa petite personne, et Fiona, sa partenaire forcée, comme une femme très intelligente qui cherche à minimiser les conflits, ou une arnaqueuse qui se régale de la misère des autres. C’est vous qui choisissez si l’histoire a un personnage principal, et à quoi il ou elle ressemble !

Dans The Banner Saga, tous les choix que vous ferez dans les conversations, et les résultats des séquences de combats, auront un impact sur le déroulement de l’histoire. Est-ce que votre caravane de réfugiés survivra au froid ? Est-ce qu’elle sera escortée par les guerriers Varls ? Est-ce que vous survivrez grâce aux larcins et aux meurtres ? Ou est-ce que vos chefs mourront les uns après les autres ? Chaque histoire est absolument unique, et riche en moments de tension qui vous feront vous accrocher à votre fauteuil !

Ce qui m’attire dans le jeu vidéo, c’est la facilité que l’on ressent à s’immerger dans une histoire, à vouloir connaître la suite, la fin, comment les personnages évoluent, etc. Et à ce compte-là, rien ne vaut les jeux narratifs, qui sont pour moi un genre indissociable du jeu vidéo.

Sivilus

Mon premier ressenti concernant ce type de jeux fut plutôt un “mais c’est pas un jeu ça”.

Payer pour ne faire que quelques QTE, il fallait être fou, c’est absolument pas ce qu’un “gamer” recherche. Mais c’est en regardant un stream Twitch sur la version Telltale de Walking Dead que mon avis a complètement changé ! En quelques minutes me voila accroché à la narration, à vouloir “input” à la place du streamer. On comprend très vite que le gameplay, sacrifié il est vrai, laisse du coup place à une narration bien plus poussée, très cinématographique au final.

Mais le joueur est toujours présent : les inputs DOIVENT être faits, les CHOIX assumés. Ce qui va donc attirer le joueur est avant tout l’univers dans lequel se déroule la narration (et donc le jeu). Je vois cela comme une évolution des jeux dit Point’N’Click : l’histoire d’abord. Mais dépendre entièrement de la narration et de l’univers peut être également un point faible : quelqu’un ayant fini Tales from the Borderlands peut très bien trouver le Minecraft ou le Batman mauvais, voire nul ! Et inversement.

Je les considère comme des jeux vidéo, oui, dans une section bien propre à eux (narratifs) ne s’adressant pas forcement à un grand public, mais à des niches/groupes de joueurs ayant un goût commun pour un univers existant, ou original.


Conclusion

La narration dans le jeu vidéo reste un point très important, mais se concentrer uniquement sur ce point peut repousser les joueurs les plus puristes. Le jeu narratif reste donc une niche, même s’il a tendance à être de plus en plus accepté et joué par le plus grand nombre.

Article écrit par Ailoas le 15.05.2018

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